La Grenouille

Une période de ma vie.
Il y a des moments dans la vie ou il faut savoir tourner les pages, cela n'est pas toujours facile mais il faut essayer de le faire.
Je suis née en 1964 dans une petite ville de Lorraine et pendant ma période d'adolescence, j'ai vécu auprès d'une famille qui n'était pas la mienne.
J'étais ce que l'on appelle, une pupille de l'État. Mes parents pour des raisons qui leur sont propre ont du me laisser partir et pour tout vous dire, ils n'avaient guère le choix, la justice avait décidé qu'il serait mieux pour mes sœurs et mon frère de partir loin de la maison. Nous étions six enfants, six enfants qui allaient vivre chacun de leur coté leur vie d'homme et de femme, sans jamais bien savoir si nous étions seuls au monde ou si l'administration nous cachait quelque chose de notre identité familiale ce qui bien entendu fut le cas.
En arrivant dans ce joli petit village de Meurthe et Moselle, je n'avais aucune idée d'être une enfant placée. J'avais 14 mois et à cet âge là on est loin de penser. Mais la vie nous rappelle bien souvent qu'il y a toujours des âmes bienveillantes pour nous faire savoir que nous ne sommes pas comme les autres. Pour moi cela a été une catastrophe. Cette mère qui chaque jour me levait pour l'école, qui me berçait le soir au coucher , qui m'embrassait n'était pas mienne, ces sœurs et frère qui vivaient auprès de moi n'étaient pas les miens mais alors ma famille qui était t'elle??. Une chose est sur, c'est que ma nourrice resterait ma maman jusqu'à la fin de mes jours. Elle qui m'avait tout donner, sa vie son amour, sa tendresse, une bonne éducation avec juste ce qu'il faut pour faire de moi une femme de demain, jamais je ne pourrais l'oublier.
Mais il fallait que je sache d'où je venais et pour le savoir, je devais grandir car on écoute pas un enfant. On lui dit ce que l'on veut bien lui dire et pourtant un enfant cela ne l'empêche pas de ce poser des questions.
Mes parents sont t'ils comme ci ou comme ça, ai - je des frères, des sœurs... mais qui suis je ?. Mon adolescence sera parsemé d'embûche, d'abord il y aura les jours ou l'on me fait sentir que je suis différente, d'autre ou on me fait comprendre que de toute façon je n'ai pas droit à la parole et qu'ils peuvent s'ils le faut me placer dans un foyer.
Pourquoi
devons nous subir cette administration qui règle
le moindre détail. Il faut savoir qu'à cette époque l'Action Sanitaire et
Sociale qui gère les
enfants abandonnés, les pupilles de l'état dont les parents ont été soit jugé
inapte soit sur décision
de justice donnait tout les mois à tous ces enfants les mêmes paires de
pantoufles, les mêmes manteaux et j'en passe et des meilleurs. Ce qui veut dire
que si je voyais une petite camarade de classe avec le même manteau que le mien
je savais qu'elle était comme moi une enfant de l'ADASS. Je ne trouve pas très
logique que l'on fasse subir aux enfants cela. Moi je l'ai souvent prit pour une
humiliation de plus.
J'ai rencontré mes sœurs et mon frère pour mes 20 ans mais le temps passé chacun de notre côté ne pouvait pas nous rapprocher. Nous avions chacun un parcours différent, nos valeurs étaient autres. Nous n'avions rien qui pouvait nous rapprocher. Nous étions des étrangers les uns avec les autres. Nos familles d'accueils n'avaient pas le même amour pour chacun d'entre nous. Une de mes sœurs était la bonne à tout faire et moi j'étais comme un coq en pâte dorlotée et surtout la chouchou de la famille.
Comment
pouvait t'on nous retrouver c'était l'impossible. Aujourd'hui je n'ai plus
aucun contact avec eux je ne sais pas si cela est bien ou pas mais je sais que
pour moi la famille c'est du début jusqu'à la fin et là, il n'y a jamais eu
de début. La fin c'est faite au fur et à mesure de nos rencontres, nous
n'avions que des questions sur notre passée le pourquoi de tant de gâchis...
on ne construit pas une vie sur son passé. Il ne faut pas tourner la page, mais
seulement refermer le livre. Le prendre de temps en temps pour se souvenir
simplement que la vie n'est pas un cadeau mais surtout le refermer.
Souvent
on me disait : mais tu es très mûr pour ton âge, comment ne pas l'être avec
ce passé. Il faut savoir se défendre, savoir dire que nous ne sommes pas des
jouets aux yeux de l'administration. Moi qui suis une révoltée comment ne pas
l'être à cette époque de ma vie, avoir vécue une vie ou l'humiliation peut
être à chaque coin de rue dans un petit village de 106 âmes. J'ai beaucoup
souffert du regard des autres vis à vis de ma situation de pupille de l'état.
La pitié que vous pouvez ressentir des autres : pauvre petite sans parent et
qui peut à tout instant être retirer de sa famille "d'adoption". La
méchanceté, c'est celle des camarades de classe qui vous fait le plus de mal.
Elle peut vous faire voir l'avenir bien plus vite que vous ne le pensez. Ma
couleur de peau un peu mate faisait de moi quelqu'un de sale souvent la maîtresse
d'école prenait un coton avec de l'alcool et me frictionnait pour monter sois
disant ma crasse... A l'école dès que quelque chose se passait c'était la
pupille de l'état cela ne pouvait pas être autrement.... Aujourd'hui j'espère
de tout cœur que tout cela à changé mais j'en suis vraiment pas sur... . Des
personnes qui prenaient ma défense étaient mal vu mais plusieurs sont passé
outre et ceux là, je les en remercie.
Maman
souvent me disait : tu es une petite fille comme les autres, aujourd'hui tu
manges ton pain noir mais demain tu mangeras le pain blanc tu verras... et je
vois, il faut subir pour ensuite grandir... et surtout il faut se dire que le
court de notre vie chacun de nous peu le changer. J'aurai pu tomber dans la délinquance
et me dire que la vie après tout, avec ce que j'en voyais, ne valait pas grand
chose
A Suivre................